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Innovafeed : plan de relance à 51 millions d’euros pour la farine d’insectes

Chercheuse en blouse blanche analysant des échantillons alimentaires dans un laboratoire moderne.

Innovafeed constituait la troisième et dernière d’une vague de jeunes pousses misant sur une alimentation alternative issue des insectes. Après la disparition de Ynsect et le rachat d’Agronutris, l’entreprise se retrouve désormais quasi seule sur le front français. Pour tenter de tenir pendant une phase chahutée, marquée par les hésitations du marché, un plan de relance vient d’être dévoilé.

Innovafeed lance un plan de relance à 51 millions d’euros

Les actionnaires déjà présents au capital de la startup française Innovafeed viennent d’apporter 51 millions d’euros additionnels, une bouffée d’oxygène présentée comme indispensable. Dans l’élevage d’insectes, la société installée à Évry-Courcouronnes (Essonne) cherche à garder le cap malgré les vents contraires du marché et des contraintes économiques.

Cette « survivante » de la filière a indiqué qu’elle allait supprimer 60 postes (sur les 300) et mettre fin aux activités de son centre de recherche et développement (R&D) de Gouzeaucourt (Nord). Côté États-Unis, la trajectoire américaine se grippe également : le site pilote de Decacur, dans l’Illinois, est désormais placé en "stand-by".

Farine et huile d’insectes : à qui s’adressent les produits d’Innovafeed ?

Dans sa gamme, Innovafeed mise notamment sur la farine d’insectes, pensée comme une alternative aux farines classiques et susceptible de se distinguer par sa forte concentration en protéines. D’un côté, elle sert à l’aquaculture, en particulier pour l’élevage de saumons, de truites ou encore de crevettes.

De l’autre, cette farine d’insectes intéresse les fabricants de croquettes (premium) destinées aux chiens et aux chats : elle permet de proposer une alimentation riche en acides aminés essentiels, avec une protéine dite hypoallergénique, adaptée aux animaux sensibles. En complément, InnovaFeed produit aussi des huiles (pour l’élevage de porcs et de volailles) ainsi que de l’engrais organique.

Levées de fonds, Next40 et ouverture du capital

Fondée en 2016, Innovafeed a bénéficié de l’essor des investissements dans la French Tech - et de l’émergence de plusieurs licornes - pour attirer des financements conséquents. En 2021, la startup a rejoint le Next40, le classement national des 40 jeunes entreprises innovantes jugées les plus prometteuses.

En 2022, après plusieurs tours de table, Innovafeed a bouclé une Série D de 251 millions d’euros et a ouvert son capital au fonds souverain du Qatar (QIA), aux côtés du géant agro-industriel ADM. L’expansion américaine annoncée en 2024 devait s’appuyer sur les infrastructures de ce même mastodonte : dans l’Illinois, ADM opère le plus grand moulin à maïs du monde.

La recette d’Innovafeed à base de mouche soldat noire

Si l’entreprise est encore en activité en 2026, alors que ses concurrents français n’ont pas réussi à soutenir leur modèle, cela s’explique en partie par ses choix techniques. Là où Ynsect privilégiait le ver de farine - très intéressant sur le plan nutritionnel, mais avec un cycle de production et de croissance nettement plus lent - Innovafeed a retenu la mouche soldat noire.

Cette option présente plusieurs atouts : des larves qui grandissent très vite et une alimentation reposant sur des déchets végétaux. Pour obtenir la chaleur indispensable à des conditions de production favorables, Innovafeed a aussi fait le choix d’implanter ses usines au plus près d’autres sites industriels afin de récupérer leur énergie.

À l’inverse, Ynsect avait opté pour une stratégie de méga-usine en hauteur près d’Amiens, un projet devenu un casse-tête d’ingénierie. D’une certaine manière, cette décision a pesé dans la trajectoire qui a mené la startup à la liquidation judiciaire en décembre 2025.

Les difficultés d’Innovafeed s’expliquent par d’autres facteurs, dont une partie tient à l’internationalisation. Toujours soutenue par les capitaux, l’entreprise a malgré tout doublé son chiffre d’affaires en 2025, atteignant 10 millions d’euros. Comme l’ont rapporté Les Échos, Innovafeed préfère ne pas détailler les pertes sur le même exercice, alors que l’équilibre n’est pas encore atteint. L’objectif est désormais fixé à 2028.

Marché mondial : Protix, Darling Ingredients et les autres

En recentrant l’effort sur la production - et moins sur l’innovation via la R&D - le site principal de Nesle (Somme) devra vraisemblablement conquérir de nouveaux clients pour accroître les volumes, aujourd’hui évalués à environ 60 % des capacités de l’usine.

En face, la bataille se joue à l’échelle internationale. Parmi les acteurs, Protix, aux Pays-Bas, affiche une activité solide grâce à une production à bas coût en Asie. Les grands groupes de l’agroalimentaire suivent également le secteur de près et commencent à y investir massivement, à l’image de l’Américain Darling Ingredients et de sa filiale EnviroFlight.

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