Aller au contenu

Impact environnemental des aliments : pourquoi nos choix au supermarché se trompent

Femme comparant deux paquets de viande dans un supermarché avec un chariot rempli de légumes et céréales.

La plupart des gens aimeraient faire de meilleurs choix au supermarché - non seulement pour leur santé, mais aussi pour la planète. Le souci, c’est que ces décisions reposent souvent sur des impressions rapides qui ne racontent pas toute l’histoire.

Une nouvelle étude montre que les clients ont tendance à surestimer l’impact environnemental des aliments transformés, tout en minimisant à quel point le bœuf et certains produits très gourmands en eau peuvent être dommageables.

Ce décalage fait que, même avec de bonnes intentions, on peut viser à côté - et s’éloigner discrètement des changements qui compteraient le plus.

Comment les clients classent leurs choix alimentaires

Dans une tâche d’achat simulée, des aliments courants se sont regroupés selon des schémas reflétant la manière dont les participants pensaient que les dommages environnementaux se répartissaient.

En étudiant ces regroupements, Daniel Fletcher, de l’Université de Nottingham, a montré que les participants triaient surtout les produits en fonction de deux critères : leur origine animale et leur degré de transformation.

Cette logique donnait l’impression que la viande et les produits laitiers étaient globalement néfastes, tout en exagérant l’impact de nombreux produits pratiques.

Ces regroupements masquaient aussi des écarts beaucoup plus importants à l’intérieur d’une même catégorie, rendant les distinctions les plus déterminantes plus difficiles à repérer.

Les raccourcis qui façonnent les choix alimentaires

Tout au long de l’exercice, les participants organisaient les aliments à partir de deux caractéristiques simples et visibles : provenaient-ils d’animaux, et paraissaient-ils plus ou moins transformés.

Ces indices se repèrent facilement en rayon, tandis que des paramètres comme l’usage des terres ou le stress hydrique restent enfouis dans les chaînes d’approvisionnement.

Résultat : les signes visibles prenaient souvent le dessus sur la charge environnementale réelle, et des chips ou des plats préparés pouvaient sembler pires que des aliments qui mobilisent en réalité davantage de ressources.

Ce constat ne veut pas dire que les clients « ne comprennent rien ». Il illustre plutôt la façon dont les jugements du quotidien s’appuient sur des raccourcis rapides, qui passent à côté de ce qui se joue en coulisses.

L’écart apparaissait nettement quand on examinait des produits précis. Le mélange de noix, le lait d’amande, le riz et le thé figuraient parmi les aliments le plus souvent jugés trop indulgemment.

Beaucoup de ces produits affichent une consommation d’eau pondérée par la rareté élevée - autrement dit, leur empreinte est plus lourde dans les régions où l’eau manque déjà.

Comme les participants considéraient rarement la pression sur l’eau comme un facteur central, des aliments cultivés en zones sèches pouvaient se retrouver « moins problématiques » que des en-cas et plats à l’aspect plus rustique. Or, un produit qui paraît sain peut malgré tout exercer une forte contrainte sur les ressources en eau locales.

Bœuf contre poulet

Le bœuf posait un autre type de difficulté. La plupart des personnes savaient qu’il a un impact environnemental plus élevé, mais beaucoup sous-estimaient l’ampleur de l’écart avec les autres viandes.

Dans les résultats complets, 79 pour cent des participants ont classé le bœuf et le poulet dans la même catégorie, gommant une réalité pourtant très contrastée.

Les bovins demandent davantage d’aliments, plus de terres, et génèrent des émissions supplémentaires via la digestion - autant de facteurs qui, mis bout à bout, dépassent largement la volaille.

Lorsque les clients traitent toutes les viandes comme à peu près équivalentes, le changement le plus efficace - réduire le bœuf - risque de ne pas ressortir face à des ajustements plus modestes, et moins déterminants.

Des étiquettes qui simplifient l’impact des aliments

Parmi les idées les plus concrètes de l’étude figure un dispositif simple : des étiquettes en rayon attribuant une note environnementale unique à chaque produit. En plaçant des produits très différents sur une même échelle, ces repères pourraient rendre les comparaisons beaucoup plus faciles au moment de choisir.

« Des étiquettes d’impact environnemental donnant une note globale unique aux aliments (par exemple A-E) pourraient aider à rendre ces comparaisons plus simples pour les consommateurs », a déclaré Fletcher.

Une revue plus large de 56 expériences totalisant plus de 42,000 participants a montré que les étiquettes environnementales étaient associées à des choix alimentaires plus durables. Mais ces étiquettes ne fonctionnent que si le public leur fait confiance et comprend ce que ces notes signifient.

Derrière ces lettres se trouve une analyse du cycle de vie - une méthode qui suit l’impact environnemental depuis la production jusqu’à la fin de vie, en passant par les étapes intermédiaires.

Pour cette étude, les chercheurs se sont appuyés sur une base de données couvrant plus de 57,000 produits de supermarché.

Les notes agrègent plusieurs dimensions, notamment l’utilisation des terres, les émissions de gaz à effet de serre, le stress hydrique et la pollution nutritive susceptible d’endommager les milieux aquatiques. Un seul chiffre ne peut pas tout résumer, mais il permet de mettre en évidence des impacts que les clients ne voient pas en parcourant un rayon.

La transformation continue de brouiller les pistes

Pour autant, cela ne revient pas à donner un blanc-seing aux aliments transformés. Un impact environnemental plus faible ne signifie pas qu’un produit est sain ou sans conséquences.

Usines, friture et emballages ajoutent eux aussi des coûts environnementaux, même si l’agriculture représente souvent la plus grande part.

D’autres travaux sur les étiquettes Eco-Score ont également mis en évidence un « effet de halo » : une bonne note environnementale peut faire paraître un produit plus sain - ou plus attirant - qu’il ne l’est réellement.

Cela crée une difficulté supplémentaire : aider les clients à décider en connaissance de cause, sans transformer des en-cas à faible impact en aliments qui paraissent « vertueux ».

Là où les données atteignent leurs limites

Ces résultats apportent des enseignements utiles, mais ils ne constituent pas une vérité définitive sur la manière dont les rayons devraient être classés.

L’étude s’est concentrée sur un seul groupe d’acheteurs et sur un ensemble limité d’aliments familiers, plutôt que sur toute la diversité disponible en magasin.

Certains impacts - en particulier ceux liés aux étapes de transformation après la sortie de la ferme - sont plus difficiles à quantifier et peuvent conduire à sous-évaluer certains produits.

Ces limites n’annulent pas le message principal, mais elles rappellent qu’une étiquette doit être comprise comme un guide, pas comme un verdict final.

Acheter avec une meilleure compréhension

Malgré tout, l’effet de surprise a pu orienter les intentions dans un sens utile lorsque les participants découvraient les notes scientifiques. Les produits jugés plus néfastes que prévu incitaient les acheteurs actuels à réduire leur consommation, tandis que des scores plus indulgents rendaient certains aliments plus dignes d’être achetés plus souvent.

Pour l’évaluer, les chercheurs ont conçu une activité interactive en ligne afin que chacun puisse explorer ses propres hypothèses sur l’alimentation et son impact environnemental.

Comme l’a expliqué Fletcher, co-auteur de l’étude, l’objectif était d’offrir aux participants « une manière interactive et visuelle d’examiner leur compréhension de l’impact environnemental de l’alimentation ».

Ces réactions suggèrent qu’un retour clair et bien placé - précisément au moment du choix - peut peser davantage qu’un conseil général, à lui seul.

Dans le même temps, les participants ne faisaient pas abstraction des dommages environnementaux : ils les interprétaient au travers d’indices visibles, parfois pertinents, parfois trompeurs dans les moments décisifs.

Améliorer les étiquettes, expliquer plus clairement le stress hydrique et les différences entre aliments, et renforcer la confiance dans les systèmes de notation pourrait aider à transformer cette préoccupation en choix plus informés et plus réguliers.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!

Laisser un commentaire