Une nouvelle analyse montre que, parmi les survivants du cancer, ceux qui consomment la plus grande part d’aliments ultratransformés présentent des risques nettement plus élevés de décès, toutes causes confondues, ainsi que de décès liés au cancer.
Ce résultat remet au centre une question très concrète : l’alimentation du quotidien après les traitements pourrait continuer d’influencer la survie, même de nombreuses années plus tard.
Le cancer et les aliments ultratransformés
Dans le cadre d’un vaste projet sanitaire mené de longue date en Italie, les survivants dont l’alimentation contenait la proportion la plus élevée d’aliments ultratransformés mouraient plus tôt.
À partir des données de 802 survivants, Marialaura Bonaccio, Ph.D., de l’IRCCS Neuromed, dans la région italienne du Molise (sud du pays), a mis en évidence un écart très marqué.
Les estimations de Bonaccio ont très peu changé après prise en compte du tabagisme, de la corpulence, de l’activité physique, du type de cancer et d’une alimentation de type méditerranéen.
Le fait que l’association persiste suggère que l’enjeu ne se résume pas à la « qualité » de l’alimentation : le degré de transformation industrielle pourrait lui-même entrer en jeu.
Ce que l’on appelle « ultratransformé »
Les chercheurs regroupent sous le terme d’aliments ultratransformés (UPF) de nombreux produits recomposés à l’aide d’additifs et d’étapes industrielles, plutôt que préparés avec des techniques culinaires ordinaires.
Cette catégorie peut notamment inclure les boissons sucrées, les viandes transformées, les desserts emballés, les produits laitiers aromatisés et des sauces prêtes à l’emploi conservées au réfrigérateur.
Selon l’équipe, les étiquettes ne captent pas un point essentiel : sur le papier, ces aliments peuvent se ressembler sur le plan nutritionnel, tout en se comportant différemment dans l’organisme.
L’étude les a donc abordés comme un ensemble, et non comme un unique « coupable » dissimulé dans un produit particulier.
Mesurer l’alimentation au poids plutôt qu’aux calories
Les chercheurs ont évalué la consommation en fonction du poids des aliments plutôt qu’en calories, car ce qui occupe une assiette n’apporte pas toujours l’énergie de manière proportionnelle.
La cohorte globale comprenait 24,325 adultes de la région du Molise, même si l’analyse présentée ici portait spécifiquement sur 802 survivants.
Une boisson en bouteille peut être lourde tout en fournissant relativement peu de calories, tandis qu’un en-cas très dense peut faire l’inverse.
Ce décalage aide à comprendre pourquoi la mesure basée sur le poids suivait plus nettement la mortalité globale et la mortalité par cancer que la mesure basée sur les calories.
Au-delà des nutriments
Ni les calories ni les nutriments n’expliquaient entièrement le risque, qui restait observable après ajustement sur la qualité globale du régime alimentaire.
Une explication possible est que les additifs industriels, les textures modifiées et une absorption rapide peuvent perturber le métabolisme ainsi que les microbes qui vivent dans l’intestin.
« What people eat after a cancer diagnosis may influence survival, but most research in this population has focused only on nutrients, not how processed the food is », a déclaré Bonaccio.
L’idée est simple : deux aliments peuvent paraître proches dans un tableau, tout en ayant des effets différents sur le corps.
Indices observés dans l’organisme
Les analyses sanguines et les données cliniques ont apporté un signal : une consommation plus élevée était associée à davantage d’inflammation - la réponse d’alarme de l’organisme - ainsi qu’à un pouls au repos plus rapide.
Lorsque l’équipe a ajusté ses modèles en tenant compte de l’inflammation et de la fréquence cardiaque au repos, le lien entre ces aliments et la mortalité toutes causes confondues s’est atténué de 37.3 percent.
« These results suggest that increased inflammation and elevated resting heart rate may partially explain the link between higher consumption of ultraprocessed foods and increased mortality », a indiqué Bonaccio.
Cette configuration n’établit pas l’existence d’un mécanisme biologique unique, mais elle réduit le champ des hypothèses et offre aux futurs essais des pistes concrètes à tester.
Pas un seul coupable
Les catégories n’évoluaient pas toutes de la même façon : plusieurs groupes, dont les viandes transformées et les produits sucrés, semblaient plus défavorables.
D’autres ne montraient pas de tendance nette, ce qui explique aussi pourquoi l’équipe a évité de transformer ces résultats en liste noire.
« The main message for the public is that overall consumption of ultraprocessed foods matters far more than any individual item », a précisé Bonaccio.
Le message déplace donc l’attention : plutôt que de s’inquiéter d’un yaourt, d’une sauce ou d’un dessert, il invite à regarder l’ensemble des habitudes.
Pourquoi les survivants sont particulièrement concernés
Les survivants du cancer passent souvent des années à gérer les séquelles des traitements, le stress, d’autres maladies et des médicaments, autant de facteurs qui peuvent déjà peser sur l’appétit et la récupération.
Dans ce contexte, la qualité des aliments peut compter davantage, car l’organisme doit à la fois réparer les tissus et maintenir un équilibre énergétique parfois fragile.
Cette recherche portait sur des survivants à long terme, puisque l’alimentation a été mesurée environ 8.4 ans après le diagnostic, et non pendant les traitements actifs.
Ce calendrier rend les résultats pertinents pour la vie après le cancer, tout en laissant ouverte la question de savoir si le même risque apparaît plus tôt.
Ce que l’étude n’a pas pu prendre en compte
Comme il s’agissait d’une étude observationnelle - les chercheurs ont observé les personnes sans leur attribuer de régime - elle peut repérer une association, mais ne peut pas prouver une relation de cause à effet.
L’alimentation était déclarée par les participants, et les habitudes ont pu évoluer au cours des 14.6 années qui ont suivi le questionnaire.
L’échantillon excluait aussi les personnes décédées avant que le régime alimentaire ne soit enregistré, et les chercheurs ne disposaient pas du stade du cancer au moment du diagnostic.
Ces limites impliquent que les chiffres doivent alimenter la prudence et des travaux futurs, plutôt que devenir une règle simple valable pour tous les survivants.
Que faire maintenant
Pour les patients qui ouvrent leur réfrigérateur ou leurs placards, l’action la plus concrète consiste à réduire les aliments ultratransformés.
Les repas faits maison, les yaourts nature, les légumes secs, les fruits, les légumes, les œufs et d’autres aliments peu modifiés apportent généralement moins d’« ajouts » industriels.
L’enjeu principal est de diminuer la part totale, plutôt que de chercher un produit parfait ou une marque supposée sans risque.
Une approche centrée sur l’ensemble du régime correspond au message clé de l’étude et met l’accent sur des habitudes reproductibles au quotidien.
Des années après un cancer, l’équilibre journalier entre aliments frais et produits fortement manufacturés pourrait encore influencer la survie de manière mesurable.
La suite ne passe pas par la panique face à un produit isolé, mais par de meilleurs essais et un étiquetage plus utile pour faciliter les choix à l’échelle de toute l’alimentation.
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