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Le reboisement autour du désert du Taklamakan en fait un puits de carbone saisonnier mesurable

Deux hommes en blouse blanche analysent le sol près d’arbres plantés dans un désert de dunes sableuses.

La plantation d’arbres à grande échelle le long du bord de l’un des déserts les plus arides du globe, dans l’extrême ouest de la Chine, a fait du désert du Taklamakan un puits de carbone saisonnier mesurable.

Chaque été, la végétation installée grâce à cette campagne de reboisement retire suffisamment de dioxyde de carbone de l’atmosphère pour bousculer les idées reçues sur la contribution possible des régions hyperarides à l’atténuation du changement climatique.

Les lisières du Taklamakan verdissent

Tout autour du désert du Taklamakan, dans l’extrême ouest chinois, une ceinture continue de terres reboisées forme désormais un tampon entre les sables mobiles et les zones habitées.

En suivant l’évolution du dioxyde de carbone au-dessus de cette bande, le professeur Yuk L. Yung, au California Institute of Technology (Caltech), a mis en évidence une baisse régulière du CO2 atmosphérique pendant la saison humide.

Les relevés indiquent qu’entre juillet et septembre, les pluies augmentent et les concentrations de dioxyde de carbone diminuent d’environ 3 parties par million par rapport à la saison sèche.

Cette baisse repose toutefois sur une courte période annuelle d’humidité, ce qui laisse en suspens la question de la durabilité des gains de carbone dans le temps.

Comment les arbres captent le carbone

Le nouveau couvert végétal est alimenté par l’énergie solaire, qui permet de transférer du carbone de l’air vers les feuilles, les tiges et les racines.

Les plantes recourent à la photosynthèse, mécanisme qui transforme la lumière et le CO2 en sucres, lesquels deviennent ensuite de nouveaux tissus.

Avec une canopée plus dense sur la marge plantée, la surface foliaire active augmente : davantage de feuilles « travaillent » simultanément, ce qui intensifie la baisse de CO2.

Hors de ces mois plus humides, la chaleur et la sécheresse ralentissent la croissance et limitent la quantité de carbone que les plantations peuvent immobiliser chaque année.

Rétroactions sur le cycle de l’eau

L’augmentation de la végétation a aussi modifié le cycle local de l’eau, en renvoyant de l’humidité vers l’atmosphère depuis les feuilles et les sols.

Ce flux ascendant, appelé évapotranspiration, fait monter l’humidité de l’air à l’arrivée des fortes chaleurs estivales.

Un air chaud et plus chargé en vapeur d’eau favorise la formation de nuages entre juillet et septembre, ce qui peut permettre à des orages d’apporter des pluies à proximité de la bande reboisée.

Malgré cela, l’apport de précipitations supplémentaires reste limité, et la longue saison sèche continue d’imposer des choix d’irrigation ainsi que l’utilisation d’espèces résistantes.

Définir un puits de carbone

Qualifier une zone de puits de carbone suppose de suivre le devenir du carbone d’une saison à l’autre. Le bois et les racines conservent le carbone plus durablement que les feuilles, mais l’activité microbienne et les incendies peuvent en renvoyer une partie dans l’air.

À Caltech, l’équipe de Yung s’est concentrée sur le bilan net de CO2 au-dessus de la ceinture, où l’absorption devait dépasser les émissions.

Cela pose une limite claire : la ceinture peut faire baisser le CO2 durant les mois humides, mais elle pourrait stocker moins de carbone si les arbres meurent précocement.

Le sable absorbe aussi du CO2

Même les dunes nues et mobiles peuvent capter du dioxyde de carbone, y compris là où la végétation est presque absente.

Dans une expérience, des scientifiques ont mesuré le flux de CO2, c’est-à-dire la vitesse à laquelle le CO2 circule entre l’air et le sol, de jour comme de nuit.

Après le coucher du soleil, le refroidissement réduit les espaces d’air du sol, ce qui attire le CO2 vers le bas ; à l’inverse, le réchauffement diurne repousse le CO2 vers l’extérieur.

Sur l’année, le bilan restait toutefois en faveur de l’absorption, totalisant environ 1.5 million de tonnes de CO2 stockées chaque année.

Valider les données sur le carbone

La chaleur extrême et la poussière peuvent tromper les instruments et faire apparaître une absorption de CO2 qui n’a pas réellement eu lieu.

Des capteurs en plein air réchauffés par le soleil ont parfois indiqué une forte absorption de CO2 en journée, alors que d’autres appareils observaient au contraire une émission diurne.

En comparant les instruments côte à côte, l’équipe a corrigé ces signaux erronés et a obtenu des taux d’absorption désertique plus faibles, mais plus plausibles.

Cette correction est cruciale, car une légère erreur, répétée sur des kilomètres de dunes, peut gonfler artificiellement les totaux de carbone sur le papier.

Gérer une humidité limitée

Végétaliser des zones sèches implique toujours une pression sur l’eau, car chaque nouvelle feuille perd de l’humidité en se refroidissant.

Un article de 2025 a conclu que la nouvelle végétation en Chine augmentait l’évaporation et les précipitations, tout en réduisant la disponibilité globale de l’eau à l’échelle locale.

L’humidité exportée depuis une région peut retomber loin de là : certaines zones s’assèchent alors même que la nébulosité augmente ailleurs.

Pour les ceintures proches du Taklamakan, les décideurs devront peut-être considérer l’eau comme la contrainte principale, davantage que le carbone.

Ce que la Chine a construit

En novembre 2024, la Chine a déclaré avoir achevé une ceinture plantée de 2,000 miles (3,200 kilomètres) autour du bord du Taklamakan, au terme d’une campagne lancée en 1978.

L’objectif était d’enrayer l’aggravation de la désertification, et les autorités ont soutenu que la plantation d’un nombre immense d’arbres autour du désert l’avait, de fait, transformé en gigantesque puits de carbone.

Des mesures indépendantes mettent désormais au défi aussi bien les responsables que leurs détracteurs, car elles confirment un retrait réel de CO2 tout en rappelant les limites liées à l’eau.

Préserver les gains de carbone

La réussite à long terme dépend du maintien en vie des plantations, puisque des peuplements morts réémettent du carbone en se décomposant ou en brûlant.

La gestion du reboisement - la plantation d’arbres et d’arbustes sur des terrains peu végétalisés - s’est montrée la plus efficace lorsque les projets adaptaient les espèces à la ressource en eau locale.

Plutôt que de miser sur une seule espèce, des plantations diversifiées peuvent répartir le risque sanitaire et diminuer la probabilité qu’un échec unique efface les progrès.

Un suivi clair et des publications accessibles compteront autant que la mise en terre, car les équipes de Caltech ne peuvent détecter les évolutions qu’avec des décennies de données.

Un désert du Taklamakan redéfini

La ceinture du Taklamakan a montré que des milieux très secs peuvent retirer du carbone de l’air lorsque la végétation, la pluie et le temps se conjuguent.

La suite des travaux devra suivre simultanément l’eau, la survie des arbres et le carbone stocké, afin d’aider les planificateurs à décider ce qui mérite d’être étendu.


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