Alors que des Canadair sont engagés sur un incendie historique à Fontainebleau, c’est un patrimoine biologique et historique sans équivalent qui part en fumée. Voici 8 données clés pour prendre la mesure de ce désastre écologique aux portes de Paris.
Ce dimanche 12 juillet, un feu d’une intensité exceptionnelle s’est déclaré dans la forêt de Fontainebleau. Alimenté par des vents changeants et une canicule suffocante - la Seine-et-Marne étant maintenue en vigilance rouge -, le sinistre a déjà ravagé plus de 1 000 hectares de végétation.
L’ampleur de la crise a conduit, pour la première fois en Île-de-France, à l’intervention de Canadair, venus se ravitailler dans la Seine. Tandis que les autorités redoutent plusieurs jours d’affrontement avec les flammes, il faut aussi se souvenir que c’est un trésor majeur du patrimoine mondial qui est en train de brûler.
L’une des toutes premières mesures de protection de la nature au monde, et la première en France
Longtemps avant la création du parc de Yellowstone aux États-Unis en 1872, Fontainebleau a contribué à faire naître l’idée même de préserver la nature. En 1853, le peintre Théodore Rousseau, appuyé par George Sand, adresse une pétition à l’empereur Napoléon III. En jeu : une politique de coupes rases à grande échelle destinée à remplacer les vieux chênes et hêtres spontanés par des plantations régulières de pins sylvestres, considérés comme plus rentables pour l’industrie. Pour les artistes, cette orientation anéantit les paysages, altère la lumière et efface le caractère sauvage du massif.
Rousseau finit par obtenir gain de cause : un premier périmètre de 624 hectares est retiré de l’exploitation forestière. Huit ans plus tard, en 1861, un décret impérial officialise la démarche et étend la réserve à plus de 1 00 hectares, protégeant durablement ces paysages afin d’en conserver la beauté. Fontainebleau est ainsi devenu l’un des berceaux mondiaux de l’écologie moderne.
La biodiversité aux portes de Paris
Le massif héberge une biodiversité rare en Europe occidentale. Classée Réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1998 et intégrée au réseau Natura 2000, la forêt se situe à un carrefour climatique singulier où se mêlent influences atlantiques, continentales et méditerranéennes, précise le site Fontainebleau Tourisme.
D’après l’Office national des forêts (ONF), le massif compte plus de 6 0600 espèces animales et 5 0600 espèces végétales. Il constitue notamment l’un des derniers refuges européens pour les six espèces de pics des plaines d’Europe occidentale, comme le pic mar ou le pic noir, mais aussi pour des colonies de chauves-souris rares et des milliers d’insectes saproxyliques, indispensables au cycle du vivant.
Des géants tricentenaires
La diversité de Fontainebleau se lit aussi dans sa végétation : environ 60 0% de feuillus - surtout des chênes et des hêtres - et près de 40 0% de résineux, dont le pin sylvestre. Introduit au XIXe siècle pour stabiliser les sols sableux, ce dernier devient toutefois, lors des incendies, un combustible redoutable en raison de sa résine et de ses aiguilles particulièrement inflammables.
De ce fait, des dizaines d’arbres remarquables, âgés de plusieurs siècles et baptisés par des artistes du XIXe siècle - à l’image du chêne tricentenaire Sully - jalonnent les sentiers.
Un laboratoire scientifique unique au monde
La forêt accueille plusieurs Réserves Biologiques Intégrales (RBI), comme la Gorge aux Loups, où toute intervention humaine est strictement interdite : certaines zones y évoluent librement depuis 1861, soit plus de 150 ans. Plus étonnant encore, la réserve de la Tillaie n’aurait connu aucune coupe rase depuis… 1372.
Ces secteurs de « 0forêt primaire reconstituée 0» font office de laboratoires en plein air pour des scientifiques et des climatologues du monde entier. En suivant la décomposition du bois mort et la manière dont la faune s’autorégule sans l’action humaine, les chercheurs évaluent la résilience naturelle des forêts face au réchauffement climatique.
Le petit Lascaux de l’Île-de-France
On l’ignore souvent, mais le chaos de grès et les sables de Fontainebleau constituent un site archéologique à ciel ouvert remarquable. Le massif recèle en effet plus de 2 000 abris ornés de gravures rupestres géométriques. Réalisées d’abord par l’Homme de Cro-Magnon il y a environ 20 000 ans, puis, pour la plupart, par des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique il y a près de 10 000 ans, ces œuvres préhistoriques possèdent une portée historique et culturelle exceptionnelle.
Les mares de platières : des oasis géologiques menacées
La géologie de Fontainebleau intrigue par sa singularité. Issue du retrait de la mer il y a 35 millions d’années, elle a laissé de vastes bancs de sable blanc et des dalles de grès imperméables. Sur ces reliefs rocheux se développent des « 0mares de platières 0», petites nappes d’eau temporaires alimentées exclusivement par la pluie.
Ces micro-oasis abritent des écosystèmes aquatiques extrêmement rares, où l’on trouve des tritons crêtés, des crapauds calamites et des plantes carnivores protégées, comme la célèbre droséra à feuilles rondes.
Un climatiseur géant
Avec ses 25 000 hectares, le massif de Fontainebleau participe au rafraîchissement de son environnement proche. Grâce à l’évapotranspiration, les millions d’arbres relâchent de la vapeur d’eau dans l’atmosphère : à l’échelle d’un parc ou d’un espace boisé, ce mécanisme peut abaisser la température locale de plusieurs degrés et réduire les effets d’îlot de chaleur à proximité.
Un purificateur d’eau naturel et invisible
Sous les arbres et leurs racines s’étendent les Sables de Fontainebleau. Blancs et réputés dans le monde entier pour leur pureté, ils agissent comme un immense filtre naturel : les eaux de pluie qui s’y infiltrent alimentent la nappe de l’Oligocène, laquelle fournit en eau potable une grande partie des communes du sud de l’Île-de-France.
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