Mise à jour de la rédaction (28 juillet 2025)
Mise à jour de la rédaction du 28 juillet 2025 : En 2023, Heartland Food Products Group, le fabricant de Splenda, un produit à base de sucralose, a engagé des poursuites contre Susan Schiffman, en affirmant que l’étude de 2023 (décrite ci-dessous) contenait des affirmations scientifiques fausses et trompeuses. Notre article original suit :
Ce que l’étude avance sur le sucralose et le sucralose-6-acétate
Le sucralose, un édulcorant artificiel très courant, se retrouve dans des produits comme les sodas light et les chewing-gums. D’après une nouvelle étude, il pourrait aussi endommager le matériel génétique (l’ADN) à l’intérieur de nos cellules.
Comme l’ADN porte le code génétique qui pilote la croissance et l’entretien de notre organisme, un tel effet constitue un sujet majeur, susceptible d’entraîner divers problèmes de santé.
Au vu de l’ampleur de leurs préoccupations, les chercheurs demandent désormais aux agences chargées des normes alimentaires de réexaminer la sécurité du substitut du sucre et son statut réglementaire.
Pourquoi le sucralose-6-acétate est au cœur des inquiétudes
Lorsqu’une substance est capable d’endommager l’ADN, on parle de caractère génotoxique. L’étude s’est concentrée sur le sucralose-6-acétate : selon une étude de 2018 menée chez le rat, ce composé chimique apparaît quand le sucralose est consommé puis métabolisé par l’organisme.
« Pour replacer cela dans son contexte, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a un seuil de préoccupation toxicologique pour toutes les substances génotoxiques fixé à 0.15 micrograms par personne et par jour », explique l’ingénieure biomédicale Susan Schiffman, de la North Carolina State University.
« Nos travaux indiquent que les quantités à l’état de traces de sucralose-6-acétate présentes dans une seule boisson quotidienne édulcorée au sucralose dépassent ce seuil. Et cela sans même tenir compte de la quantité de sucralose-6-acétate produite comme métabolite après que les personnes ont consommé du sucralose. »
Autrement dit, une part de sucralose-6-acétate se trouve déjà dans ces boissons avant leur ingestion, puis une quantité supplémentaire se formerait dans l’estomac. Les auteurs rappellent aussi que le sucralose est fabriqué à partir d’une version modifiée du sucralose-6-acétate, elle-même synthétisée à partir du sucre saccharose.
Tests en laboratoire : ADN, expression génique et barrière intestinale
Dans l’étude, l’équipe a mené une série d’analyses en laboratoire sur des cellules sanguines humaines et sur des tissus de la paroi intestinale, afin d’observer la réaction au sucralose et au composé sucralose-6-acétate. Les chercheurs ont également évalué l’activité génétique des cellules intestinales, en appliquant des procédures d’analyse standardisées pour détecter les atteintes à l’ADN.
Les résultats ont mis en évidence des mécanismes décrits comme génotoxiques et clastogènes (c’est-à-dire capables de casser des brins d’ADN). Ils ont aussi montré une hausse de l’expression de gènes associés à l’inflammation, au stress oxydatif et au cancer. En parallèle, une dégradation de la muqueuse intestinale a été observée.
« [N]ous avons constaté que les deux substances [saccharose et sucralose-6-acétate] provoquent une “perméabilité intestinale” », affirme Schiffman.
« En pratique, elles rendent la paroi intestinale plus perméable. Les substances endommagent les “jonctions serrées”, ou interfaces, là où les cellules de la paroi intestinale se connectent les unes aux autres. »
Une perméabilité intestinale signifie que des aliments partiellement digérés et des toxines peuvent passer dans la circulation sanguine. Cet état peut être déclenché par de nombreux facteurs, puis avoir des répercussions dans différentes parties du corps.
Appels à revoir la réglementation et réaction de Splenda
Les auteurs de cette nouvelle étude estiment que les consommateurs devraient désormais arrêter de prendre du sucralose et d’ingérer des produits qui en contiennent. Jusqu’ici, l’autorisation réglementaire de l’édulcorant s’appuyait sur des travaux indiquant qu’il traversait l’organisme sans être modifié - des résultats que des études plus récentes viendraient désormais contredire.
Selon les chercheurs, cette autorisation pourrait donc devoir être réévaluée. Ils suggèrent aussi que de futures recherches examinent plus précisément les effets potentiellement nocifs sur la santé liés à l’exposition au sucralose-6-acétate.
« Ces travaux soulèvent une multitude d’inquiétudes quant aux effets potentiels sur la santé associés au sucralose et à ses métabolites », déclare Schiffman.
« Il est temps de réexaminer la sécurité et le statut réglementaire du sucralose, car les éléments s’accumulent et indiquent qu’il comporte des risques significatifs. »
De son côté, Heartland Food Products Group, le fabricant de Splenda - un édulcorant populaire contenant du sucralose - affirme que son produit ne contient pas de sucralose-6-acétate, et l’entreprise a critiqué l’étude.
Les travaux ont été publiés dans le Journal de toxicologie et de santé environnementale, partie B.
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