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Réserve naturelle de Bontioli au Burkina Faso : le carbone d’une savane en recul jusqu’en 2070

Homme en chemise claire utilisant une tablette près d'une fosse creusée en pleine savane africaine.

Les savanes n’ont rien, à première vue, de coffres-forts de carbone. Les arbres y sont espacés, l’herbe jaunit pendant des mois, et l’ensemble du paysage peut paraître à moitié vide lorsqu’on le compare à une forêt tropicale dense.

Cette perception a un prix. Vingt ans d’images satellites d’un secteur protégé de zones sèches en Afrique de l’Ouest racontent une tout autre histoire : ces paysages de broussailles abritaient de véritables réserves de carbone - et les relâchent discrètement.

Zones sèches sous pression

Le site se trouve au sud-ouest du Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest, au sein d’une savane protégée : la Réserve naturelle de Bontioli.

Ce refuge de 47 km² (18 mi²), situé sur la frange sèche du Sahara, protège la faune depuis 1957 - mais la pression humaine, elle, n’a jamais vraiment diminué.

Le scientifique de l’environnement Issaka Abdou Razakou Kiribou, de l’université Haramaya en Éthiopie, et ses collègues ont cherché à mesurer l’effet de 22 années de contraintes sur le carbone stocké dans ces terres arides. Pour cela, ils ont regardé depuis l’orbite.

Leur base de travail : des décennies d’imagerie satellitaire, échantillonnées en 2000, 2010 et 2022. Un programme informatique a classé le territoire en différents types d’occupation du sol, puis des valeurs de référence ont servi à estimer la quantité de carbone généralement associée à chaque type.

Ce que révèlent les cartes

Sur 22 ans, les cartes décrivent un processus de remplacement. La savane boisée - un couvert plus dense, riche en arbres, qui recouvrait autrefois environ un tiers de la réserve - s’est réduite jusqu’à ne représenter qu’environ un huitième. Des formations herbacées et des cultures ont occupé l’espace libéré.

Le gagnant le plus net est l’agriculture. Les terres cultivées sont passées de moins d’un dixième de la réserve à plus d’un tiers, avec une accélération : après 2010, les conversions se sont enchaînées plus vite, et le rythme de transformation a plus que doublé.

Ce type d’échange - remplacer un couvert ligneux par des champs - est un mécanisme bien connu de perte de carbone. Une analyse classe l’Afrique subsaharienne parmi les zones où la mise en culture par défrichement a entraîné les pertes les plus importantes.

Mesurer la baisse du carbone

Depuis longtemps, les chercheurs savent que l’abattage des arbres au profit des cultures libère du carbone. L’apport de cette étude est d’en proposer une lecture année après année, sur une zone sèche d’Afrique de l’Ouest : le carbone contenu dans la savane boisée de la réserve a chuté de près de moitié.

En 2022, un résultat inattendu apparaît. Les terres cultivées concentraient la plus grande quantité totale de carbone parmi les types de sols - non pas parce que les parcelles agricoles en stockent beaucoup, mais parce qu’elles s’étendent sur une très grande surface. Beaucoup d’hectares, peu de carbone par unité.

Il est utile de rappeler comment ces chiffres ont été obtenus : non pas en pesant des arbres ni en prélevant des sols, mais en déduisant l’état de la végétation à partir de sa « verdure » observée depuis l’espace. À l’échelle annuelle, le stock de carbone de la réserve a diminué d’environ un quart.

Variations saisonnières du carbone

Les pertes n’étaient pas réparties uniformément au fil des mois. D’octobre à mars, quand la saison sèche assèche la savane et que les feux la traversent souvent, le territoire perdait du carbone. Avec les pluies d’avril, il en regagnait une partie : une bascule annuelle.

Le feu fait partie du fonctionnement des savanes, mais brûler la végétation renvoie dans l’atmosphère le carbone stocké. Les pratiques de défrichement et de brûlis représentent une fraction importante des émissions : un rapport place les émissions liées à l’usage des terres au-dessus d’un dixième du total mondial.

La répartition spatiale du carbone s’est également transformée. En 2000, il était relativement homogène ; en 2022, il s’était fragmenté en îlots, et les zones les plus pauvres coïncidaient avec les secteurs où l’agriculture avait le plus avancé dans les formations arborées.

Un signal surprenant

Vient ensuite un élément qui ne correspond pas au schéma attendu. Lorsque l’équipe a comparé la croissance de la végétation aux variations de température et de pluie, les périodes à la fois plus chaudes et plus humides se traduisaient par une croissance plus faible, et non plus forte. C’est l’inverse de ce que l’on anticipe habituellement dans une savane.

Les auteurs restent prudents. Ensemble, température et précipitations expliquaient environ la moitié de ces fluctuations : il se passe donc quelque chose de réel. Mais ils ne peuvent pas encore dire pourquoi davantage de chaleur et de pluie freinerait la croissance.

Quelques explications simples sont envisagées. La chaleur peut stresser les plantes même en présence d’eau, et des pluies mal synchronisées peuvent n’apporter qu’un bénéfice limité à une croissance régulière. Pour trancher, il faudra des observations de terrain.

Cap sur 2070

Pour regarder plus loin, l’équipe a fait tourner des modèles climatiques jusqu’en 2070, selon un scénario de faibles émissions et un scénario de fortes émissions. Les deux indiquent la même tendance.

La réserve devrait se réchauffer, avec une hausse des températures pouvant atteindre environ 1,1 °C (2 °F), tandis que les précipitations diminueraient.

Plus de chaleur et moins d’eau signifient davantage de carbone quittant les sols et la végétation. Dans le scénario de fortes émissions, la réserve pourrait perdre d’ici 2070 environ une fois et demie plus de carbone que dans le scénario le plus modéré.

Rien n’est joué : la trajectoire la plus douce maintient une perte plus lente et plus régulière. D’autres zones sèches africaines montrent la même tension entre expansion agricole et carbone, comme l’a observé une étude en Éthiopie.

Ce que cela pourrait changer

Cette étude transforme une intuition en mesure chiffrée. Dans une réserve, l’extension des terres cultivées s’accompagne d’une baisse tangible du carbone stocké - année après année, et secteur par secteur.

Un tel travail cartographique permet aux gestionnaires d’identifier les endroits où la réserve « perd » le plus de carbone, afin d’orienter la restauration vers les zones les plus dégradées au lieu d’intervenir à l’aveugle. Et un puits de carbone longtemps jugé trop sec pour mériter des efforts de protection apparaît, finalement, comme un enjeu à défendre.

Il reste aussi cette énigme tenace à explorer. Le fait que chaleur et pluie atténuent le verdissement, plutôt que de le stimuler, est un signal que les futurs modèles climatiques sur les zones sèches devraient être capables de détecter.

Pour l’instant, la conclusion est simple : un paysage sec et broussailleux renferme plus de carbone qu’il n’y paraît, et le défricher revient à rendre ce carbone à l’air.

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